Adolphe Blanqui

Made in Cnam
Professeur d’économie industrielle (1834-1854)
Adolphe Blanqui au Cnam vu par C215

« Un jour je descendis dans les caves de Lille
Je vis ce morne enfer.
Des fantômes sont là sous terre dans des chambres,
Blêmes, courbés, ployés ; le rachis tord leurs membres
Dans son poignet de fer.»

Ne vous y trompez pas. Ces quelques vers sont tirés du poème "Joyeuse vie" de Victor Hugo et non de l’enquête Des classes ouvrières en France pendant l’année 1848 d’Adolphe Blanqui. Pourtant, ces deux témoignages sur la condition ouvrière sont indissociables. Car, c’est bien auprès du professeur d’économie industrielle que le poète, qui se déclamait «de ceux qui pensent et qui affirment qu’on peut détruire la misère», trouvera son inspiration, aussi macabre soit-elle.
 
En 1848, Adolphe Blanqui est en effet chargé par l’Académie des sciences morales et politiques «de parcourir les principales régions manufacturières de la France, pour y constater la situation exacte des classes ouvrières». Au cours de sa «longue et sérieuse exploration», celui qui a forgé l’expression «Révolution industrielle» perfectionne les méthodes de Villermé et navigue entre reportage journalistique, étude sociologique et enquête ethnographique.
Ses investigations le mènent bientôt à Lille où il découvre, dans les caves du quartier Saint-Sauveur, «asiles capables de faire envier aux
hommes les repaires des hôtes de nos forêts», une «population de parias [qui] ne se retrouve dans aucune ville de France [et] semble vouée à des misères inconnues même de l’état sauvage».
 
Début 1851, députés et médecins se rendent à Lille en compagnie de l’économiste pour apprécier, sur le terrain, la véracité de ses constatations et les ravages causés par la loi d’avril 1850 sur le logement. Parmi eux Victor Hugo, qui y trouvera l’inspiration pour son poème et un discours, jamais prononcé pour cause de coup d’État, où il « dénonce la misère qui n’est pas seulement la souffrance de l’individu, qui est la ruine de la société ».

Yvan Boude