Reportage

Roms entre autres

8 mars 2014
11 avril 2014

 

Cette exposition virtuelle accompagne l'accrochage des photos sur les grilles du 292 rue Saint-Martin.
Cette exposition ne raconte pas l’histoire des Roms, tout comme Andatu ne résout pas la misère au sein de la minorité la plus importante d’Europe. C’est un regard singulier sur des individus, des Roms entre deux pays, entre deux étapes de vie – des Roms entre autres.
En 2007, la Roumanie et la Bulgarie entrent dans l’Union européenne. Les citoyens roumains et bulgares ont dès lors le droit de tout citoyen européen de circuler librement dans l’Union. Ils tombent désormais sous un régime transitoire qui restreint l’entrée sur le marché du travail. Au bout de trois mois sur le territoire français, leur droit de séjour reste soumis à certaines conditions :
  • soit exercer une activité économique en qualité de travailleur salarié (dans les 291 métiers en tension) ou non salarié ;
  • soit disposer de ressources suffisantes et d’une assurance maladie afin de ne pas devenir une charge pour l’assistance sociale de la France ;
  • soit suivre une formation en tant qu’étudiant ;
  • soit être membre de la famille d’un citoyen de l’Union qui entre dans une des catégories susdites.

En 2011, le préfet du Rhône, Jean-François Carenco, annonce la régularisation de vingt familles roumaines appartenant à la communauté rom. L’expérience pilote vise à faciliter l’intégration de ces personnes dans le cadre d’un dispositif dérogatoire au droit commun.

Le programme, nommé Andatu (« pour toi » en langue romanès), est conçu à partir de l’expérience de Forum refugiés-Cosi en matière d’intégration de réfugiés statutaires. Elle permet de formuler une logique d’insertion : les personnes doivent simultanément avoir accès au logement, à la formation et à l’emploi pour pouvoir s’intégrer durablement.

Une mobilisation des bailleurs sociaux permet de loger les bénéficiaires du programme ; la préfecture délivre des autorisations de travail ; le président du Conseil Général leur accorde le RSA. En tant qu’allocataires, ils peuvent alors bénéficier d’une couverture santé complète et prétendre à l’aide personnalisée au logement (APL).
En décembre 2011, 95 Roms vivant à l’Eglise de Gerland et sur un terrain à Oullins intègrent le programme. En une deuxième vague en décembre 2012, 149 personnes sortant de squats et des dispositifs de veille sociale intègrent le programme. Puis, en mai 2013, 150 personnes sont prises en charge par Forum réfugies-Cosi.
Dans un contrat d’un an avec l’association, les participants du programme s’engagent à suivre un apprentissage du français et à s’inscrire dans une démarche de recherche d’emploi. Ils doivent également s’engager à ne pas mendier et à scolariser leurs enfants. Le contrat est renouvelable une fois. Forum réfugiés-Cosi prévoit qu’au bout de deux ans, l’autonomie acquise par l’activité économique permettra aux participants de sortir du dispositif.

Les démarches dérogatoires du programme accélèrent le processus d’insertion ; ainsi densifié, ce processus révèle la complexité d’une régularisation. De même que l’intégration des Roms est une mise à l’épreuve des démocraties de l’Union européenne, leur régularisation met à jour les défis administratifs du quotidien.

Famille Kolumpar


Famille Kolupar - Roms entre autres«En Roumanie, avant mon père travaille. Et après fini le travail. Le ménage, dans le marché. Il a pas de travail. J’ai travaillé 7 mois, après fini. Après travaillé film de là-bas. Après c’est fini. Je viens ici. »
Karol Kolumpar

Ana et Karoly Kolumpar arrivent en France en janvier 2011 avec leurs enfants Karol, Anamaria, Bianca et Andrea. Ils vivent dans un campement, puis dans la rue. En juillet 2011, le père Matthieu Thouveno, curé de la paroisse de Gerland, héberge dans son Église 43 Roms, dont la famille Kolumpar.

Famille Lazar


Famille Lazar- Roms entre autresIon Lazar est né en 1968 à Craiova. Après la chute du régime de Ceausescu, il quitte la Roumanie avec son frère en 1991 pour partir en Allemagne et reçoit l’asile politique à Trier. En 1992, ils sont expulsés et retournent en Roumanie. En 1995, ils partent en Italie, mais quittent le pays rapidement parce que les conditions de vie sont « misérables ». En 1996, Ion arrive à Lyon avec l’asile politique. Peu après, il est obligé de quitter la France pour la Belgique. En 1998, il retourne en Roumanie. Il rencontre sa femme Elena en 1999 et deux ans plus tard, leur fils David naît. En 2010, ils partent pour la France. La famille intègre le programme en janvier 2013. En septembre, Elena obtient le DELF (Diplôme d’études en langue française). Depuis novembre, elle travaille en tant que femme de chambre dans un hôtel à Lyon. Aujourd’hui, Ion et Elena habitent avec leurs deux enfants à Oullins.

Maria Preda


Maria Preda: Romes entre autresNée à Oraviţa en 1988, Maria part à l’âge de deux ans avec sa famille en Allemagne, où ils obtiennent l’asile politique. Elle est scolarisée pendant deux ans. En 1996, sa famille est expulsée et retourne en Roumanie. Maria continue d’aller à l’école jusqu’à ses 15 ans ; elle n’a alors plus les moyens pour payer les trajets quotidiens. A 18 ans, elle se marie avec Adrien. En 2007, ils arrivent à Lyon. Pendant six mois, ils vivent dans un campement au bord de l’autoroute vers le pont Pasteur et trouvent un squat pour l’hiver. Ils sont expulsés par la police et Maria retourne en Roumanie pour accoucher de son premier fils, Marcus. De retour en France, ils vivent dans des squats pendant cinq ans. Le 31 mars 2012, Adrien est tué par une voiture alors qu'il traverse un passage piéton. En décembre 2012, le curé de l’Eglise de Pierre Bénite devient attentif à la famille vivant à côté de sa paroisse et avertit la Préfecture. La famille intègre le programme en décembre 2012. En juillet 2013, Maria obtient le DELF (Diplôme d’études en langue française). Depuis septembre, elle travaille dans un restaurant à Lyon, elle vient d’y signer un CDI. Maria vit avec ses parents et ses deux enfants à Bron.

Inside women


Inside women - Photo Mara KleinPendant deux mois, six femmes ont participé à un atelier photo au sein d’Andatu, explorant des aspects techniques comme la lumière, le mouvement, la mise en espace et la mise en scène. Les qualités propres à l’appareil jetable ont permis de traduire en images un regard personnel. Ainsi est née une réflexion sur le quotidien en France et le rôle de la femme dans la culture rom.

Les photos ont été sélectionnées pour l’exposition par les photographes – Mirela, Nicoletta, Mariana, Elena, Manuela et Eliza.

 
 Mara Klein, vue par Duarte Andrade 

 
La photographe
Née à Berlin, Mara Klein a vécu et travaillé dans plusieurs pays dont le Canada, le Royaume-Uni, le Zimbabwe et la Palestine. Elle s’intéresse particulièrement aux questions de migration et la notion de l’inné et l’acquis.
S’installant à Londres prochainement, elle espère y continuer son exploration du quotidien des Roms en Europe occidentale.

 
 
En partenariat avec
Cnam Rhone Alpes

Forum refugies
Forum réfugiés-Cosi est une association sans but lucratif œuvrant pour l'accueil des réfugiés, la défense du droit d'asile et la promotion de l’état de droit, issue de la fusion en mai 2012, des associations Forum réfugiés et Cosi–promouvoir et défendre les droits.
Forum réfugiés-Cosi entend articuler l’accueil des réfugiés et le soutien à la construction
démocratique dans les pays d’origine, d’un bout à l’autre des routes de l’exil.
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